Jour 90 - Moscou

Déjà 20 jours en Russie. Principalement dans sa capitale et son centre économique. Mis à part une petite excursion de 5 jours à St-Petersbourg, le tout s’est déroulé à Moscou.

 

Est-ce que j’en ai vu plus que d’autres personnes ayant séjournées 5 jours ici? Pas nécessairement mais j’ai par contre pu avoir la chance de sentir que je "vivais" maintenant Moscou.

 

Depuis mon dernier courriel, j’ai eu du vrai bon temps de "backpackers" à St-Petersbourg. Je suis aussi revenu à Moscou pour un autre 5 jours. Cette fois-ci, à mon arrivée, j’avais cette curieuse impression d’être de retour "chez moi". Bon, pas comme quand je reviendrai à Montréal, verrai les panneaux en français et aurai cette impression de neuf que l’on a en entrant dans son appart après si longtemps. Non mais je me sentais en terrain connu. De la gare, j’ai pris le métro et le bus pour retourner à l’appart comme si j’arrivais au terminus de Montréal après mon escapade annuelle à Drummondville.

 

En arrivant, Elena m’a demandé si j’étais fatigué et voulait dormir. Elle a dit que je n’avais pas l’air fatigué mais bien exténué. Bon, je le sentais un peu, mais en me regardant dans le miroir, j’ai compris. Même le dimanche matin des congrès Tourisme Jeunesse je n’avais pas cette gueule. Pas de poches sous les yeux mais de véritables sacs à dos de 60 litres!

 

Je devais me rendre ce jour-là au Souvenir Market, ouvert que la fin de semaine (et c’était dimanche), mais j’ai décidé d’effectivement dormir 1 heure!

 

Pourquoi cette fatigue? St-Petersbourg. De jour comme de nuit, cette ville a tellement à voir et à faire. Conscient d’y être pour peu de jours, j’ai adapté mon rhytme de journée pour rejoindre celui des voyages de courte durée.

 

Arrivé à 6h30 en compagnie de Elvira, nous nous sommes pointés à l’auberge. Une "vraie" auberge comme je n’en ai vu depuis Bucarest. Quel plaisir, quelle détente. On s’en apperçoit quand on ne les voit pas pour longtemps, mais ces types d’auberges y sont pour tellement dans le développement de ce type de tourisme dit backpacker. Bien sûr, il est agréable d’aller encore plus creux, de voir là où les auberges ne vont pas, de se sentir encore plus loin... mais quand on y revient après un certain temps, cela fait paraître le tout tellement plus facile. Et pour moi, ce sera un bon intermède en vue de la Sibérie où ce genre de place n’existe à peu près pas. Cela ira au Lac Baikal ou sinon en Mongolie.

 

Donc, l’attente dans le hall nous a permis de découvrir la brochure des "Peter’s walking tours", des excursions alternatives, à pied dans St-Petersbourg. Étant 5 jours dans une ville avec tant à voir (et Elvira pour 3 jours), nous avons décidé de joindre le départ de ce matin-là à 10h30. Un tour de 5 heures. Le reste de la journée fut une douche, une longue marche jusqu’au palais d’hiver et la rivière et enfin un marché, pour se faire une bouffe. Moi qui n’avais pas cuisiné réellement depuis la Roumanie, j’étais plus qu’heureux.

 

Cet agréable souper fut interrompu par un exemple flagrant de ce que j’appelle "l’État policier" ou encore "l’État terreur" ou bien "l’État abus de pouvoir" au choix.

 

J’y reviendrai plus bas, pour ne pas gâcher ce beau moment comme l’a fait ce policier en manque de sensation.

 

Ce soir-là, je me suis couché à une heure normale. Le soleil joue des tours également ici. Alors qu’à 23h, la pénombre s’installe enfin et qu’il faut attendre 23h30 pour avoir un ciel nuit! Si on ne prête garde à l’heure, on se retrouve vite hors-temps! Pensant qu’il est 19h alors qu’il est 21h!

 

Le lendemain, départ vers l’Hermitage. Cinq heures de visite à l’intérieur de cet immense palais. S’y perdre est une activité facile. :) En fait, tel un Louvre à Paris ou un Reijk à Amsterdam, c’est une quantité innombrable de salles avec plusieurs sections, de l’ancienne Égypte aux peintres impressionnistes, sa plus fameuse section sans doute. L’intérêt réside non seulement dans l’impressionnante collection de l’Hermitage mais aussi dans les pièces mêmes. Tout le luxe des Tsars et empereurs russes de Catherine II et suivants. Cinq heures dans un musée, ça finit par épuiser par contre!

 

Sur le chemin du retour, arrêt dans un marché pour acheter de la bouffe coréenne! Hmmmmm! Excellent souper agrémenté de queques verres de vodka. Ben 2 ou 3. Puis c’est le départ pour un autre tour : le Big Night Tour. De 21h à... Dieu sait quand. Dieu dira finalement 4h30. C’est l’heure à laquelle nous reviendrons. Visite de 2 bars moins connus, aucun rabais pour garder le tour "indépendant", l’un des deux est un bar fraîchement ouvert, grand comme deux fois mon salon, décor très 70, et musique franchement dans mes cordes. J’ai adoré. Enfin autre chose que de la pop ou du dance. J’y suis retourné le lendemain d’ailleurs. Pas de piste de danse, tellement petit que les gens débordent sur le trottoir et dans la rue, et la piste de danse est l’entrée du bar, ce qui complique le va et vient, de l’extérieur au bar pour un "refill". Mais cela semble faire l’affaire de tous. Du mien aussi. J’ai pu, pour la première fois depuis longtemps, danser de bon coeur dans un bar, sans me forcer pour me faire aller le torse (ceux qui m’ont déjà vu danser sauront qu’il est bien de préciser "le torse") sur des airs insipides boostés au boumtiboum.

 

Tiens... pour vous amuser, voici un peu de pop russe: Valeria et son tube "Otpucti Menia" À chercher sur Kazaa! :)

 

La suite du tour... Il est près de 1h30. Nous devons nous rendre rapidement vers la rivière pour observer un phénomène particulier de St-Pete: La levée des ponts. En effet, St-Pete est coupée en deux par une large rivière. Sauf que le port est en amont. Donc, chaque soir, entre approximativement 2h00 et 5h00 (chaque pont a son horaire respectif), tous les ponts sont levés. Rendant innacessible l’accès à l’autre rive. Les ponts sont tous levés, les métros fermés. Cela peut, à la rigueur, servir d’excuse: "Chérie, j’ai raté le dernier pont!" :)

 

Tout en regardant le pont lever, et les voitures ayant raté le pont accélerer en direction du suivant qui ouvre dix minutes plus tard, notre guide a acheté une bouteille de vodka, du jus d’orange et des verres pour se faire un p’tit drink sur le bord de l’eau. Bon! Bière, eau, froid, vous connaissez le mélange. J’avais envie de faire un petit pipi mais y’avait pas de place. J’ai trouvé un coin discret. Enfin que je croyais discret. Une police m’a vu! Elle s’est donc amenée vers moi et notre guide est arrivé aussi. Premiers mots d’une police en toutes circonstances ici: "Passeport". (D’ailleurs, je me demande si par déformation professionnelle, les polices ne se souhaitent pas "passeport" au jour de l’an!) Chanceux, il parlait anglais. Avec un certain humour quand même pour une police russe, il me demande : "is it legal to do that in Canada?" le sourire en coin. Avec le même pince sans rire, je lui réponds : « yes and no. It is not but we do it anyways ». :) Alors il continuait à regarder mon passeport sans dire mot. Peter le guide m’a alors dit "Il attend... 100 roubles devraient être ok". J’ai donné un 100 roubles (5$) à Peter, qui l’a glissé au policier et voilà. En fait, on a bien ri avec cette histoire ensuite. Du genre, merde j’ai envie, t’as pas un 100 roubles à me passer.

 

Le tout s’est fini dans un café, puis retour sur le bord de la rivière pour jaser et regarder les bateaux passer alors que le soleil se levait. Tout en parlant avec tout le monde. Le petit groupe de dix était vraiment bien. La plupart étant là pour quelques jours, cela a formé un petit noyau avec qui j’ai eu de bons moments.

 

Suite à ce coucher tardif, je me suis quand même levé à 9h30 pour profiter de mon déjeuner gratuit. De plus, à 11h00, j’avais rendez-vous avec Irina, mon professeure de russe à Montréal l’an dernier, qui est à St-Petersbourg pour l’été. Nous avons pris un café elle, Elvira et moi, puis nous sommes allés au Russian Museum. Irina voulait y voir une exposition temporaire du mouvement russe avant-gardiste. Très intéressant. Pour les amateurs d’art, j’ai quelques noms que je peux vous refiler parmi les plus intéressants (selon mon oeil).

 

J’ai ensuite visité le reste, mais après cinq heures à l’Hermitage la veille, trois heures ici, ouf, je n’appréciais plus les peintures. Nous n’avons que regardé les peintres du XXe siècle dont des peintures d’après 1930, très orientées vers l’idéologie socialiste. Intéressant.

 

Je vous suggère tout de même celles-ci pour les curieux:

Yury Pimenou : Disabled Veterans    Vraiment forte et punchée!

Pour les Avant-gardistes:

Natalia Goncharova est probablement la plus intéressante.

Et celle-ci également: Olga Rozanova: King of Clubs (amusante)

 

Elvira a pris le train ce soir-là pour Almaty au Kazakhstan. Je lui lève d’ailleurs mon chapeau ici. Kazakstan seule, peut-être le Kirgystan ensuite, sans plus d’informations qu’il n’en faut. Je me dis que je voyage confo parfois. :)

 

Ce soir-là, nous sommes sortis, trois autres gars et moi. Tout d’abord dans ce bar à la musique que j’adore, ensuite, par souci de compromis, dans un autre bar plus dance. Fait appréciable et rare dans ce bar: ce sont les étrangers, les foreigners qui ont l’entrée gratuite et les Russes qui paient! Je quitterai et me coucherai à 5h30 ce matin-là. Levé à 11h, j’ai pu visiter la forteresse Sts Peter et Paul de l’autre côté de la rivière. Forteresse érigée par Pierre le Grand, on y trouve au centre la cathédrale où sont enterrés les tsars/empereurs à partir de Pierre le Grand. D’ailleurs, tout comme pour celle de Moscou (où sont enterrés ceux d’avant Pierre-le-Grand), de voir les tombes de personnages tels que Catherine II et Pierre le Grand est impressionnant.

 

Sorti le soir aussi. Retour et dodo à... 7h30. Non sans m’être arrêté à la gare à 6h pour acheter mon billet du soir pour Moscou. Sans file d’attente svp!

 

Ce jour-là, le dernier, je le prends mollo. Déjeuner-dîner à une terrasse avec Ewan et Jorn, de la marche, le tout se terminera par une agréable ballade en bateau de 1h30 sur les canaux de St-Petersbourg et une veillée dans un café, peinard. Si je vous dis que j’ai pris le train ce soir-là à 23h00, que je suis arrivé à Moscou à 7h00, et a l’appart à 8h00, après environ 6 heures de sommeil, vous comprendrez pourquoi j’avais cet air "fini" à mon arrivée.

 

Je suis resté ensuite cinq autres nuits et six autres jours à Moscou. 17 jours en tout dans cette mégapole. Comme je l’ai dit plus tôt, je suis allé au Souvenir Market le dimanche et c’est tout. Le lendemain, j’ai dormi... et dormi, et fais la patate. Je suis finalement allé me promener en fin de journée avec Elena à Tsaritsino, un endroit où Catherine II avait commencé à se faire ériger un palais de type Versailles. La construction était commencée depuis longtemps, elle a visité le chantier et n’aimant pas le design, a changé l’architecte. Finalement les fonds seront coupés puisque la guerre avec la Turquie (encore) commençait. Le Palais ne sera jamais complété et il y a, encore aujourd’hui, un palais incomplet en banlieue de Moscou, un superbe parc et un grand lac tout près.

 

J’irai le lendemain visiter le Musée Pushkin, ce que je devais faire avec Elena depuis mon arrivée ou presque. Peinture également, beaucoup d’impressionnistes, ou c’est la partie dont je me souviens toujours le plus! Mais comme l’Hermitage, on y retrouve une salle égyptienne, et la très intéressante salle avec artefacts thraces, sumériens et autres civilisations anciennes de la Méditerannée ou du proche-orient.

 

J’irai également, au-travers de tout ça, mitrailler la Place Rouge mais de nuit. Aussi marcher encore et toujours, découvrant un nouveau quartier.

 

Même si je ne voyais pas l’intérêt à mon arrivée, je suis tout de même allé voir un corps. Lenine dans son mausolée. C’est après avoir vu une image de l’intérieur que j’ai décidé d’y aller puisque l’intérieur semblait impressionnant. Sauf que sur l’image, l’éclairage est différent. Quand on y est, c’est très sombre alors on ne peut apprécier les éclairs rouges sur fond de marbre noir à l’intérieur. Lenine est au milieu, éclairé, l’air bel et bien mort. Confortant mon opinion que le respect serait plus grand envers lui si on lui offrait enfin sa sépulture dans le mur du Kremlin ou au pied de celui-ci comme beaucoup d’autres dirigeants et grands noms. La visite est gratuite et je dois mon entrée à la blonde d’un Français qui était dans la file avec moi. Je ne pouvais passer et lui non plus avec nos sacs à dos (même si il y avait des sacoches plus grandes!!). Elle a donc décidé que ça l’intéressait plus ou moins et nous a attendu avec nos sacs. Par contre, la visite permet, et c’est la seule façon, de longer le mur du Kremlin derrière le mausolée, où sont justement tout ces dirigeants et héros de la révolution ou de la guerre.

 

J’ai aussi pu apprécier encore plus la Moscova avec un tour de bateau d’environ 1h30. Ma guide personnelle était avec moi et ce soir-là, d’ailleurs, j’ai pu essayer une soupe au Kvas, (voir courriel sur l’Ukraine) préparée maison! Yé!

 

Le lendemain, j’ai enfin pu prendre contact avec Stuart, un Américain très sympathique avec qui je m’étais bien amusé à Bucarest. Nous sommes donc sorti ce soir-là, lui, Elena, Agata, une Russe rencontrée dans le métro parce qu’elle apprenait le français, et moi-même. Soirée agréable, dodo à 5h. Je quittais malheureusement Moscou le lendemain.

 

Le lendemain soir en effet, je prenais le train pour Nijhny Novgorod.

 

Après tout ce temps à Moscou, cette impression de me sentir à la maison à l’appart d’Elena, j’ai trouvé le départ difficile. Tout comme je me sentais en quittant la Roumanie et l’auberge confortable de Bucarest. Pour le même voyage, j’ai la curieuse impression que c’est la troisième fois que je quitte mon domicile.

 

J’en étais au Jour 90 de mon voyage. 3 mois. Plus de la moitié de passé. Il me reste 28 jours pour traverser le plus grand pays au monde, 9289 km de rails, et revenir sur Ulan Ude soit un autre 3600 km. Ce qui me force à regarder un peu mon horaire, à planifier mon prochain mois.

 

J’ai donc décidé dans le train pour Nihjny Novgorod de ne pas rester une nuit là mais bien de prendre dès mon arrivée le bus pour Cheboksary, où une fille nommée Anya, le fils d’Anya et la mère d’Anya m’attendaient. (Vive internet encore une fois!)

 

Mais ça, ce sera pour le prochain courriel...

 

Tout ce que je peux dire, c’est que cette envie de demeurer à Moscou, cette impression de quitter mon domicile et de me sentir bizarre (envie de partir, envie de rester en même temps) s’est évanouie dans le train quand un compagnon de cabine, un Russe parlant anglais, a commencé à me faire la conversation. Et moi de même! Il est ingénieur en construction, travaille et vit à Moscou, mais vient de Vladivostok.

 

Je me suis donc endormi, en route vers Nihjny... en route vers la Sibérie, vers le Pacifique, vers un vieux rêve!

 

À bientôt

 

Michel

 

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Depuis mon arrivée en Russie, j’ai constamment ces vers des Cowboys Fringants qui me viennent en tête: :)

 

Sur les berges de la rivière Moscova

J’ai rencontré la belle Maruchia

Mais un jour Gilles Guilbault est apparu

Et à son bras Maruchia est disparue

 

Un jour à Lenningrad, sur le bord de l’Oural

J’ai vu une jolie demoiselle en lisant mon journal

Elle s’appelait Natasha et avait du poil sous les bras

Malgré son haleine de shish-kébab on s’embrassa

 

Ça n’a pas vraiment de rapport ici, mais je trouve amusant de ne pouvoir me débarasser de cet air!

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Faut voir à la hauteur des tournesols!

 

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